Pourquoi accueillir l’inacceptable ?

On octobre 30, 2013 by Fabien et Maitie
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Le dictateur © Chaplin

Nous confondons souvent “accueillir” et “accepter”. La nuance est fine autant que primordiale, tant l’une génère des tensions et de la fixité que l’autre libère le potentiel et s’inscrit dans un principe du vivant. Apprendre à distinguer les deux et les mécaniques sous-jacentes nous donne la possibilité de pouvoir accueillir quelqu’un même si son comportement est inacceptable pour nous. Ce qui nous amène dans une profonde justesse tout en incarnant une véritable qualité de présence. 

Explorons cela selon l’approche de  F et M.

 

 

Anecdote

Mathilde découvre que sa fille Gaëlle (14 ans) fume. Cela déclenche un véritable Tsunami en elle : “ne pas la punir, ne pas la juger, lui donner un cadre, lui faire comprendre le danger, ne pas laisser faire, comment la protéger, pourquoi ? qu’ai-je raté ? …” Tout se bouscule dans sa tête tandis que son cœur saigne.

Durant les mois qui suivent, elle essaye différentes choses :

  • elle demande à Gaëlle si elle a conscience des conséquences, si elle a besoin de plus d’éléments
  • elle exprime à sa fille qu’elle a besoin de savoir comment cela évolue en faisant le point tous les 2 mois. Mais elle se rend vite compte que Gaëlle lui raconte ce dont elle a besoin pour être rassurée
  • elle cite le cas d’amies qui se sont mise à fumer pour perdre du poids à l’adolescence et l’on cher payé ensuite
  • elle réprimande insidieusement : “quand on partira en vacance ensemble, j’aimerai que tu ne fumes pas”
  • elle fait comme si de rien n’était… mais elle sent bien que cela bouillonne dans son corps et que des jets de fiel sortent à certaines occasions : “je t’ai donné la vie et tu te donnes la mort !…”

Bref même si elle essaye d’accepter, elle n’arrive pas à accueillir que Gaëlle fume.

 

Clé du jour : Accueillir n’est pas accepter

Nous vous invitons à faire l’expérience ci-dessous :

  • Mettez-vous à l’écoute de votre corps, posez votre souffle et écoutez-le. Observez votre monde intérieur.
 souffle de vie

Souffle de vie © Avid

  •  Puis laissez venir la notion “accepter” : que se passe-t-il dans votre corps ? C’est où ? C’est comme quoi ? Quel mouvement cela impulse ?
  •  Puis laissez venir la notion “accueillir” : que ce passe-t-il dans votre corps ? C’est où ? C’est comme quoi ? Quel mouvement cela impulse ?
  •  Qu’observez-vous comme différences entre les deux ?


Accepter

Dans le fait d’accepter, il est possible de subir, de se soumettre. J’accepte d’aller chez mes beaux-parents alors que je n’ai pas envie. J’y vais donc en traînant les pieds, je plombe l’ambiance avec mon air morose, je peux même être cinglante sur certaines remarques qui me heurtent…

J’ai dit “oui” avec ma tête mais tout le reste (mon corps et mon cœur) dit “non”. Donc, pour une raison qui répond à du “socialement correct”, je ne me positionne pas (alignement tête, cœur, corps) et ne me respecte pas. Donc je m’épuise.

 

Accueillir

La notion d’accueillir amène, de fait, une ouverture de cœur. J’accueille avec mon cœur. Il est impossible alors de ne pas être aligné avec sa tête et son corps… sauf si c’est un accueil conditionné.

L’accueil conditionné est soumis à conditions : j’ai besoin que certains critères soient respectés pour pouvoir accueillir. Par exemple, “je peux accueillir d’aller chez mes beaux-parents à condition que ce ne soit pas pour un repas”. Si ces conditions ne sont pas remplies, j’ai le choix entre me positionner et refuser d’aller chez eux ou d’accepter au risque que je ne me respecte pas.

L’accueil inconditionnel est une ouverture de cœur qui permet que ma décision soit OK dans toutes mes cellules et tous mes espaces intercellulaires quelle que soit la manière dont cela se passe. Je dis “oui” de tout mon être pour aller chez mes beaux-parents. Je prends ma décision pleine et entière d’y aller et j’en assume les conséquences. Je me positionne.

Ce positionnement dans l’accueil inconditionnel me rend responsable de mon choix et de mes actions. Il me donne la possibilité de me positionner également durant le séjour avec mes beaux-parents.

J’ai la possibilité alors d’accueillir même si c’est inacceptable.

Un jour Mathilde a réalisé que le choix de sa fille était inacceptable pour elle car il était contraire à certaines de ses valeurs dont la principale était le respect du Vivant.

Elle a constaté que toutes les stratégies qu’elle avait mises en place n’étaientt pas dans un positionnement juste : elle essayait de faire fléchir sa fille pour qu’elle arrête de fumer.

Mais ce choix ne lui appartenait pas, c’était celui de sa fille. Par contre, si elle ne faisait rien, elle cautionnait implicitement ce choix, ce qui lui était insupportable. Donc elle s’exprima ainsi :

” Gaëlle, le fait que tu fumes est inacceptable pour moi car il est contraire à tout ce que je t’ai transmis. Cela fait mal à mon ventre qui t’a porté, à mes seins qui t’ont nourris, à mes mains qui ont pris soins de toi, à tout ce que je t’ai donné. Mon corps et mon cœur pleurent même si ma tête tente de me rassurer. C’est inacceptable pour moi que tu portes consciemment atteinte à ta vie car le respect du Vivant est une de mes valeurs.

Et en même temps, sache que je t’aime qui que tu sois, quoi que tu fasses. Je t’aime et j’accueille que ce soit ton choix de fumer.”

Depuis ce jour, Mathilde sentit que tout était libre dans son corps même si elle avait conscience du choix de sa fille. Elle venait de réaliser que sa fille avait grandi et qu’elle vivait sa vie.

 

Refuser l’inacceptable

chien-canapéLorsque l’on refuse l’inacceptable, on le rejette et l’on nourrit le monde de l’agressivité. En effet, cela crée des tensions en nous que nous exprimons (en manifestant par exemple) ou réprimons (en m’anesthésiant). Nous rejetons le fait et celui qui le fait; plus nous le rejetons, plus il cherche des signes de reconnaissances et augmente son agressivité.

Alors que l’action d’accueillir amène à aimer l’Être qui est derrière le fait même s’il agit comme cela.

Tout le monde connaît la phrase de l’évangile de Mathieu “si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends aussi l’autre joue”. On l’a souvent interprétée à tort en acceptant la souffrance physique et l’humiliation de la gifle, dans un dolorisme parfois malsain. Si l’on se place en victime, on justifie le bourreau

Si lorsque l’on me gifle, je me redresse de toute ma royauté intérieure, je calme mon Barbare (non pour le réprimer mais parce que je choisis en conscience qu’il n’agisse pas), que j’accueille l’autre inconditionnellement avec toute sa violence et toute sa haine sans lâcher son regard… et que je tends l’autre joue, je l’amène à prendre conscience de son geste et à être responsable.

Il est fort probable, que l’autre arrête son geste. Il sent que si je le juge nécessaire, je peux lâcher mon Barbare sans aucun remord et que celui-ci tranchera tout ce qui n’est pas dans la justesse.

Si le fait de me gifler était dans la justesse, en tendant l’autre joue j’accueille la part de moi qui n’était pas à sa place même si elle est peut-être inacceptable pour moi.

Dans les deux cas, je nourris le loup blanc, le monde de l’amour et de la paix.

 

Outils pratique : Accueillir l’inacceptable

Reconnaître la valeur qui est bafouée

  1. Repérez dans votre corps lorsqu’il signale que quelque chose est inacceptable pour vous: c’est où ? C’est comme quoi ? 
  2. Repérez dans la situation ce qui est inacceptable (dans l’anecdote, au-delà que sa fille fume, c’est le fait qu’elle porte atteinte consciemment à sa vie qui est inacceptable pour Mathilde, ce serait probablement pareil si Gaëlle abusait d’alcool)
  3. Reconnaissez la valeur qui est bafouée : qu’est-ce que cela entraîne chez vous lorsque cette valeur est bafouée ? Observez toujours dans votre corps.  Quels comportements cela produit ?

 

Se positionner clairement

 

Heimdal

Heimdal © Marvel

Observez en quoi vous êtes impliqué par le fait : Mathilde, dans l’anecdote, est impliquée par la tristesse qu’elle ressent. Si Gaëlle fait un cancer du poumon et qu’elle demande à Mathilde de la prendre en charge, elle demande à sa mère de prendre en charge une partie des conséquences de son choix, donc elle implique Mathilde de manière plus conséquente.

Quelle est la position juste pour vous face à votre implication ? C’est à Mathilde de s’occuper de la part d’elle-même qui est triste ; en revanche elle peut se positionner face à la maladie et exprimer que ce n’est pas OK pour elle d’assumer une part des conséquences. Elle se retrouve devant un nouveau choix, un nouveau fait à accueillir ou à refuser.

De quoi avez-vous besoin pour la poser à l’intérieur de vous et l’exposer éventuellement à la personne concernée? Vous pouvez avoir besoin de quelque chose de concret ou de quelque chose de virtuel comme une image par exemple (être sur les épaules de votre Barbare ou autre)

 

Accueillir

  • Posez-vous la question : quelle émotion génère le comportement inacceptable ? Où est-elle dans votre corps ?

Vous pouvez alors :

  • lâcher cette émotion
  • transformer cette émotion en l’accueillant et en amenant toute l’énergie de l’émotion dans le fait d’accueillir : pour cela vous inspirez la sensation créée par l’émotion et l’amenez dans votre cœur puis vous soufflez la sensation de paix et d’amour que procure l’accueil, dans chacune de vos cellules. Vous répétez cela 5 fois environ.

–       Sentez que l’autre n’est pas son comportement. De quoi avez-vous besoin pour l’accueillir avec ce comportement ? Comment pouvez-vous vous l’apporter réellement ou virtuellement ?

–       Au besoin accueillez le fait que vous n’êtes pas prêt à l’accueillir maintenant

 

Qu’est-ce qui dans cet article vous semble le plus difficile à mettre en place? Et qu’est-ce que nous pourrions vous apporter pour rendre cela plus aisé? En laissant votre demande dans les commentaires, nous pourrons déjà vous proposer des solutions, alors nous vous invitons vraiment à le faire.

 

 Voyons maintenant une fable pour illustrer nos propos dans une ambiance nostalgique et toujours d’actualité.

Fable de La Belle et la bête

 

La Belle vivait recluse au sommet d’une tour

Les barreaux de la peur l’y avaient enfermés

La Bête autour rodait, hideuse autant que brute

La belle et la bête

La belle et la bête © Disney

 

Par sa seule présence elle cloîtrait la Beauté

Régulièrement, elle frappait à la porte

Espérant un regard qui comblerait son cœur

Car, rejetée de tous, elle ignorait l’amour

Elle entrait se cachant derrière un paravent

En espérant qu’elle vint lui caresser le front

Notre Belle acceptait car elle avait trop peur

De ce qu’il adviendrait si elle lui refusait

 

Un jour, où d’aventure la Bête leva les yeux

Elle surpris le regard de son hôte cloîtrée

La Belle à cet instant, ressentit dans son cœur

La profonde détresse qui habitait l’informe

Toute peur s’envola, au-delà de la forme

C’est le fait que la Bête se rejette et se juge

Qui la rendait ainsi brute et inacceptable.

“Et si,… pensa la Belle en libérant son cœur

Elle accueillit la vie au-delà de la forme

Enveloppant d’amour la Bête comme elle était

 

Nos histoires d’enfant nous en content la fin.

 

L’ombre devient plus sombre quand elle est rejetée

Alors qu’en l’accueillant on lui libère son cristal

 

 

5 Responses to “Pourquoi accueillir l’inacceptable ?”

  • « si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends aussi l’autre joue ».
    Une autre interprétation est qu’en tendant la joue gauche, la personne est obligée de gifler soit du revers de la main droite, soit de la main gauche. L’un des cas mets les deux protagonistes à la même hauteur hiérarchique, l’autre était inacceptable à l’époque (utiliser sa main gauche).

    • C’est une approche intéressante du rapport humain dans des ses jeux psychologiques où changer de point de vue ou d’attitude offre à l’autre la possibilité de prendre conscience de son acte et de l’inacceptable de la situation. D’où l’approche “christique” visant à accueillir l’inacceptable tout en sachant poser une limite ferme à ce qui est inacceptable. Un paradoxe si subtil qu’il en est parfois délicat à saisir.
      Merci de votre commentaire qui invite à la réflexion.

      • C’est effectivement une approche subtile pouvant s’apparenter à un paradoxe . Heureux que cela ouvre des réflexions qui fassent sens pour vous.
        Merci de votre soutien.
        Fabien & Maïtie

  • Bonjour,
    Je viens de découvrir votre livre “les trésors du cycle de la femme” que j’ai adoré et qui m’a amené sur cet article de votre blog. J’adhère complètemnet à tout ce que vous dites et vous avez tellement raison, il faut vraiment se reconnecter à son corps, ce que l’on doit complètement apprendre dans notre vie moderne…

    J’ai cependant une question : vous dites : “C’est à Mathilde de s’occuper de la part d’elle-même qui est triste ; en revanche elle peut se positionner face à la maladie et exprimer que ce n’est pas OK pour elle d’assumer une part des conséquences.”
    Sauf que si vrament il y a des conséquences, si par exemple la fille de Mathilde a un cancer du poumon et a besoin de sa mère pour l’aider dans beaucoup de choses, alors pourra t elle vraiment refuser cela à sa fille qu’elle aime au moment où elle en a le plus besoin ?…
    Cette situation résonne complètement en moi même si l’histoire est complètement différente, mais la conséquence probable qui retentirait sur moi serait alors à beaucoup moins long terme et plus probable que dans l’exemple de Mathilde…
    Du coup, je ne vois pas comment dire à la personne que j’aime que “ce n’est pas OK pour elle d’assumer une part des conséquences”, puisque je sais très bien que je le ferai tout de même…
    Je vous remercie d’avance pour vos éclaircissements.

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