Arrêter de juger l’autre

On juin 12, 2013 by Fabien et Maitie

L’autre est d’un monde différent du mien et en ce sens, il m’est souvent étranger. Ses manières d’être ou de faire me surprennent et me heurtent parfois. Comment puis-je arrêter de juger l’autre lorsque son comportement me semble aberrant ou incompréhensible ? Quelles alternatives s’offrent à moi?

Voyons ce que Dame vache et fier étalon ont à nous raconter

 

FABLE  – Dame Vache et le fier Etalon

 

vacheDame Vache avachie au sommet d’un grand Pré

Rumine patiemment en regardant passer les trains comme les fées.

Dans le pré d’à côté, galope un étalon

Hennissant fièrement dans la joie du moment.

« Que fais-tu là, vautrée, au lieu de gambader ?

Claironne l’étalon à la Dame couchée.

N’as-tu rien d’autre à faire que de compter les trains ?

Je trouve ça malheureux qu’on te garde pour si peu.»

La vache ruminait une réplique cinglante

Trouvant en l’étalon une cruelle arrogance. 

Elle se leva d’un bond s’apprêtant à mugir

Quand un petit «et si…» la retint par l’oreille. 

«Pourquoi n’ouvres-tu pas fenêtre sur son monde 

Plutôt que, sans arrêt, tu ne prennes la mouche ?»

La vache éberluée, se lécha les narines.

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«Et que t’importe à toi de galoper le jour ?»

Surpris, fier étalon, répéta la question

«C’est que j’aime à sentir le vent dans ma crinière,

Il me parle puissance et coule dans mes veines.

 

 

 

 

 

– “J’entends, lui dit la Dame, moi c’est en ruminant

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Que je sens dans mon corps la puissance de la Terre.»

L’étalon étonné repartit au galop

Et lorsqu’il s’octroyait de doux temps de repos

Il sentait désormais la puissance de la Terre enrichir celle du Vent.

 

 

Moralité

Nul ne sait ce que l’autre nourrit en vivant dans son monde

Plutôt que le juger à la lueur du nôtre, mieux vaut l’observer et puis l’interroger

Il nous ouvre alors un horizon nouveau qui enrichit le nôtre.

 

 

Clé : J’observe et j’interroge

Et si nous découvrions les codes de l’univers de l’autre?

Comme nous l’avons vu dans la Fable de la Fourmi et du Martinet, l’autre est un univers différent du mien. Lorsque nous vivons dans le même espace, nos codes s’entrechoquent amenant cette impression que, vivre en couple, nécessite que chacun rogne une part de lui pour laisser une place à l’autre.

Alors que le couple est là pour permettre à chacun de se déployer.

L’autre me donne l’occasion d’observer d’autres manières d’appréhender le monde, de percevoir quels bénéfices, lui, il en retire. Il me permet donc d’explorer différemment le mien, à la lueur d’un autre univers.

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De plus, la nature est ainsi faite, que les couples sont de plus en plus complémentaires : l’un a développé ce que l’autre n’a pas fait et réciproquement. Donc, soit je me ferme à son monde en croyant que le mien est juste (et l’un ou l’autre a à étouffer une part de l’expression de lui-même, soit je m’ouvre à d’autre possibles (l’autre me donne alors des clés pour cultiver cette part de moi laissée en jachère). Le premier amène des tensions, l’autre de la fluidité et de l’amusement.

Observer et interroger l’autre me permet de le comprendre, mais aussi de ne plus interpréter ses gestes ou ses mots; en d’autres termes: arrêter de juger l’autre.

 

 

Outils pratiques

  • Attraper votre réaction lorsque quelque chose du quotidien vous perturbe: cela se fera d’abord en différé (quelque chose vous ronge à l’intérieur ou un conflit explose à l’extérieur) puis vous vous rapprocherez de plus en plus de la source et agirez sur le moment.
  • Prendre un temps de recul afin d’observer de ce qui vous perturbe : revenez au déclencheur ; notez ce qui vous perturbe dans le comportement ou l’attitude de l’autre ;  observer votre réaction réflexe (je subis ou je reproche)
  • Le questionner : c’est comme si vous ouvriez une fenêtre sur son monde. Cela n’a pas pour but qu’il se justifie (sinon vous êtes repartis pour un tour) mais qu’il se donne la possibilité de prendre conscience des processus de son univers (donc éviter le pourquoi et préférez activer votre curiosité avec le «en quoi»). Laissez de côté votre manière de voir et soutenez-le dans son analyse : que se passe-t-il pour toi quand tu fais cela ? en quoi est-ce important pour toi de faire cela comme ça ? Qu’est-ce que cela t’apporte ? Comme cela peut-être également : quel sens donnes-tu à ce mot ?…
  • Si c’est nécessaire pour vous : exprimez en quoi c’est important pour vous de le faire à votre manière. Cela vous amène à explorer votre propre monde
  • Convenez de ce qui est le plus approprié pour chacun.

 

Par exemple, Gérard met les couverts dans le lave-vaisselle la tête en bas. Cela crée à chaque fois une réaction à l’intérieur de Camille. Sa réaction est de bougonner jusqu’à ce que quelque chose explose. Là, elle note sa réaction et plutôt que de la suivre, elle ouvre un espace vers Gérard : 

– en quoi est-ce important pour toi de mettre les couverts la tête en bas ? 

  • Je ne sais pas, j’aime pas quand ils sont dans l’autre sens, ça me dérange.
  • Cela fait quoi?
  • Ça m’agresse
  • Qu’est-ce qui t’agresse?
  • Les couteaux pointés vers moi, je ne peux pas y mettre la main, c’est épidermique.
  • Et en dehors des couteaux ?
  • Pas de problème.

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Camille découvre que les couteaux peuvent être agressifs, alors qu’elle aime bien se faufiler entre leur lame sans les toucher, c’est à chaque fois un petit challenge.

En revanche, le fait que les couverts soient la tête en bas crée chez elle une sensation de dégoût. Elle analyse : comme ils sont enfermés dans le support, elle imagine que l’eau circule moins et qu’ils sont moins bien lavés ou rincés. Cela revient pour elle à ce qu’ils ne soient pas lavés. Elle a besoin de sentir que l’eau peut circuler. Elle l’exprime à Gérard ainsi que son petit plaisir du challenge avec les couteaux.

Ils conviennent que les couteaux seront la tête en bas et les autres couverts la tête en haut. 

Quelque temps plus tard, elle observe Gérard ranger les couverts avec une attention particulière. En fait il s’amuse à faufiler ses doigts entre les couverts plutôt qu’à les saisir énergiquement comme à son habitude. Camille sourit, amusée.

Le système est le même pour des faits moins anodins.

Cela peut-être fait également sur des situations qui ne sont pas conflictuelles. Par exemple: cela t’apporte quoi de regarder ce film ?Qu’est-ce que tu cherches quand tu vas te balader ?

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