Vers une nouvelle sexualité

On décembre 4, 2013 by Fabien et Maitie

CouplePour des raisons que nous ignorons ou que nous connaissons que trop, nous avons bien souvent déserté notre corps, ce qui l’a plus ou moins insensibilisé . Nous n’avons plus alors aucun moyen de nous respecter, puisque nous ne sommes plus là. Consciemment ou inconsciemment, nous recherchons pour compenser cela, des sensations fortes dans l’espoir de nous ramener dans notre corps.

Une des scènes les plus critique est la sexualité (qui comprend l’accouchement) parce qu’elle touche à notre plus grande vulnérabilité. Elle est aussi le plus fabuleux des chemins pour revenir à soi et habiter pleinement son corps tout en étant en relation avec l’autre.

 

Anecdote

Ce soir, lorsqu’elle va se coucher, Janie n’a pas très envie que John la suive. Elle se sent lasse. Pourtant elle ne dit rien lorsqu’il s’étend à côté d’elle ; pourtant elle ne dit rien lorsqu’il commence à la caresser; pourtant elle ne dit rien quand…
Elle sourit même, peut-être par convenance, peut-être par réflexe et elle commence alors à bouger doucement. Elle ouvre ses lèvres, elle ouvre ses cuisses, elle ouvre son sexe, elle se laisse pénétrer. Il lui murmure des mots doux. Elle aime quand il prend son plaisir car elle est rassurée: elle se sent femme, elle se sent aimée.

John s’endort. Elle se dégage doucement, se tourne sur le côté et s’endort. Tout cela est normal pour elle, ou du moins est devenu normal pour elle.

 

De la nécessité d’habiter son corps pour se respecter

C’est par notre corps que nous ressentons les interactions entre ce qui nous environne et nous-même. C’est parce que nous avons une peau que nous avons conscience de notre individualité. Si on nous l’enlevait, nous ne saurions plus où nous commençons et où nous finissons.

C’est par notre corps que nous ressentons et c’est ce qui nous permet de nous sentir vivants.

Lorsque nous avons endormis tout ou partie de notre corps, nous n’avons plus ou que peu de sensations. Donc nous en cherchons. Comme nous sommes moins sensibles, nous avons besoin de stimulations de plus en plus fortes et comme en même temps nous avons peur de d’accueillir nos sensations, nous insensibilisons davantage notre corps. Nous sommes pris dans un cercle vicieux auquel on ne trouve pas d’issue. C’est comme cela que nous en venons à chercher des coups ou à nous faire mal (volontairement ou involontaires en se cassant une jambe par exemple)  … pour avoir des sensations qui nous confirment que nous sommes bel et bien vivants.

Ce phénomène est exacerbé dans la sexualité, du fait que cela touche à notre vulnérabilité et donc à un nuancier de sensibilité plus vaste.

 

Nos mémoires en matière de sexualité

Osez - Chasse à l'homme

Osez – Chasse à l’homme © A. de Pins

Nous sommes porteurs des mémoires de 3 000 ans de patriarcat avec son lot de violences faites aux femmes et de 30 000 ans de matriarcat avec la castration des hommes voire même leur émasculation. Ces mémoires induisent des jeux puissants qui s’expriment entre autre dans la sexualité. A cela vient se rajouter à nos mémoires personnelles et la peur de ne pas être à la hauteur, ce qui revient souvent à ne pas sentir  homme ou femme.

Les religions elles aussi ont donné leur vision de la sexualité et ont détourné leur sens à une nécessité de reproduction, assimilant ainsi le corps et le plaisir de la chair au péché (le plaisir était assimilé aux filles de joie).

Les femmes remplissaient leur devoir conjugal. Inhibant leurs sensations, alors elles désertèrent tout ou partie de leur corps pour ne pas trop en souffrir.

Mai 68, avec la libération de la femme, avec l’avènement de la pilule, permet à la femme, entre autre, d’aller à la rencontre de son plaisir. Pourtant, rares sont les hommes et les femmes, aujourd’hui, dont la sexualité est épanouie.

 

Excitation, tension, frustration

kamasutra

illustration © A. de Pins

Le plaisir, la plupart du temps, est assimilé à l’orgasme qui peu à peu, et devenu l’objectif à atteindre. Avec ce double présupposé que si l’on n’arrive pas à avoir un orgasme, on n’est pas normal(e) et si l’on ne permet pas que notre partenaire parvienne à l’orgasme, on n’est pas un bon(ne) partenaire.

Pour parvenir à leurs fins, les partenaires vont chercher la notion de désir, d’excitation au moyen éventuellement de fantasmes, d’objets, d’images ou de mises en scènes. L’excitation (dont la portée est faible) demande à être nourrie à des doses de plus en plus importantes (car elle nourrie de manière très fugace et éphémère), ce qui ouvre la porte à toutes sortes de dérives.

Cette excitation produit une tension musculaire qui est accentuée par la stimulation des zones érogènes et le frottement du sexe de l’homme contre les parois du sexe de la femme.

Plus la tension est forte, moins la zone de contact entre les sexes est grande et moins ils sont sensibles. En effet, si vous frottez orgasmevotre main sur le dos de l’autre main et accélérez le mouvement, la zone de frottement devient de plus en plus réduite et la sensation résulte de l’échauffement de la zone. Alors que, plus vous ralentissez votre mouvement et détendez votre main, plus les sensations s’affinent et augmentent (les deux sexes se détendant, ils s’épousent de manière très respectueuse).

La tension arrive à un tel paroxysme qu’elle doit céder d’une manière ou d’une autre : c’est là qu’arrive l’orgasme. Il s’ensuit un profond relâchement voire un endormissement chez l’homme. La notion de plaisir est alors comme une fusée de feu d’artifice : une explosion et puis plus rien ou plus grand chose.

L’absence d’orgasme à ce moment-là, peut générer une frustration importante à l’origine de culpabilité, de la colère, du dénigrement ou augmentation de l’insensibilisation.

Au fil du temps, plus les partenaires utilisent cette notion de frottement, plus leurs sexes s’insensibilisent. Ils font alors appel à toute forme de stratégies pour parvenir au plaisir. Ils n’est pas rare que les femmes souffrent d’un manque de désir, voire même, qu’elles ne ressentent pas le besoin de « faire l’amour » si ce n’est pour cultiver leur couple et répondre au mieux aux besoins de leur compagnon. Elles en ont perdu le sens. L’homme bien souvent va voir ailleurs ou s’émascule pour ne pas trop souffrir de ses pulsions.

 

Qu’est-ce que l’énergie sexuelle ?

kundaliniCette énergie n’est autre qu’une expression de notre énergie de vie. Les occidentaux la comparent à un serpent enroulé dans le sacrum qui se redresse jusqu’à notre troisième œil lorsqu’on l’active. Son énergie circule alors dans tous nos centres d’énergie (ou chakras) et diffuse dans nos cellules. Elle participe ainsi à notre santé tant physique que psychologique, émotionnelle et spirituelle. Elle nourrit notre énergie vitale lorsque nous la faisons circuler en nous. La spiritualité et la créativité sont des moyens de l’activer au même titre que la sexualité.

 

Une autre forme de sexualité

Osho, par ses recherches sur le Tantra, a porté un autre regard sur la sexualité, dans lequel il propose d’être amour plutôt que de faireOsho l’amour. Pour cela, il invite à cultiver la Présence, présence à ce que l’on sent car c’est sur l’instant que cela se vit. Cela amène chaque partenaire à habiter pleinement son corps.

Le désir, les fantasmes, l’excitation en vue d’un orgasme, sont autant de projections hors de soi, dans un futur ou dans un passé. Nous ne sommes donc pas présents, ce qui revient à être absents, donc à ne pas habiter notre corps.

Cette approche propose une autre voie qui fait de la sexualité une véritable voie d’épanouissement personnel.

 

Les polarités de l’homme et de la femme

La femme apprend à ouvrir son cœur (qui correspond à son pôle positif) en se connectant à sa propre source d’amour comme à celle de l’univers. Son ouverture de cœur amène l’ouverture et la lubrification de son sexe (qui correspond à son pôle négatif) qui se prépare à recevoir l’homme.

L’homme cultive à être présent à tout son corps. Cette hyper-présence (dont l’épicentre est l’extrémité de son sexe (qui correspond à son pôle positif), diffuse et soutient son ouverture de cœur (qui correspond à son pôle négatif) qui amène la patience, l’accueil.

Ainsi l’énergie de vie circule entre les polarités de chacun des partenaires (du + vers le – chez l’un comme chez l’autre et retour). Comme elle circule au sein du couple : l’homme présente son + (sexe) qui est accueilli par le – (sexe) de la femme qui amène l’énergie jusque dans son cœur (+) qu’elle présente à l’homme qui peut l’accueillir dans son propre cœur (-) pour nourrir sa présence et son pôle +.

L’énergie de vie circulant librement, impulse alors au couple un mouvement unique dénué de frottements.

Ainsi, elle réveille les capteurs endormis de notre corps. Les sensations, bien que d’une extrême délicatesse, sont décuplées puisque les zones de contact sont augmentées par la diminution des tensions. L’orgasme est possible, même s’il n’est plus indispensable car c’est comme si chaque pas sur le chemin devenait orgasmique.

Cette approche est un merveilleux moyen de se réconcilier avec son corps et avec la sexualité même s’il est d’une exigence extrême. 

 

Clé: Slow Sex

 

extase-sexuelle-diana-richardson

L’extase sexuelle © Diana Richardson


 

C’est l’appellation que Diana et Michael Richardson donnent à cette sexualité au travers de leur séminaire Love for Couple. Leur livre « L’extase sexuelle » est une source de conseils et de techniques pour faire évoluer sa sexualité en ce sens.

 

 

Chacun est responsable de son plaisir

Même s’il n’est pas facile de maintenir une lenteur dans les mouvements, c’est le moyen le plus simple de rester présent à soi. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : comment habiter pleinement son corps même dans la relation à son partenaire et même dans la sexualité.

Ainsi, chaque partenaire va être à l’écoute de ses propres sensations et non de ce que ses gestes produisent chez son partenaire. Ils suivent chacun le fil de ce qui est suave en eux ce qui rend chacun responsable de son propre plaisir.

« C’est incroyable, me dit Janie quelques mois plus tard après avoir expérimenté quelques outils du Slow Sex, je réalise que lorsque je ne suis pas dans mon corps, je m’ennuie et je n’ai aucune sensation agréable; alors qu’il suffit que je sois présente pour qu’un champ immense de sensations cristallines se déploie en moi. Ce n’est pas John qui me permet de les avoir, c’est moi qui m’ouvre à ce qu’il m’apporte ou pas. Cela m’amène à oser chercher le plaisir, à le savourer, à m’y baigner, à m’amuser. Cela permet que je n’attende plus de John, qu’il fasse tel ou tel geste… Chacun de ses gestes est sujet à plaisir du moment qu’il n’y va pas en force. C’est fou comme notre couple a évolué depuis… même si ce n’est pas toujours facile. »

 

Rester en lien avec l’autre

Pourtant, ce n’est pas chacun de son côté : c’est parce que je suis pleinement avec moi, que je peux m’ouvrir librement à l’autre.

Le regard est important

regard
Même si dans un premier temps, le fait de fermer les yeux peut faciliter l’écoute des sensations (en étant vigilant à ce que cela ne nous invite pas à être absent), plonger son regard dans celui de son partenaire tout en restant à l’écoute de soi renforce le lien et la présence à soi et à l’autre.
 


Les mots sont des repères précieux

Chacun des partenaires exprime en temps réel ce qu’il ressent par des mots simples et expressifs. Les « bon, bien, agréable » n’expriment pas grand chose. Vous pouvez leur préférer des images (surtout si c’est votre canal de prédilection).

Cela permet de prendre conscience de nos propres sensations, ce qui renforce notre présence à nous-même. Nous donnons en même temps des éléments à notre partenaire : cela nous permet de nous accorder l’un à l’autre.

C’est un peu comme si les deux partenaires étaient sur une même barque chacun avec une rame : s’ils ne se parlent pas, le voyage risque d’être périlleux .

 

L’enfant intérieur comme partenaire de jeu

Comme nous l’avons vu, la sexualité est aux prises avec des croyances fondamentales et des concepts archaïques qu’il n’est pas

rdv-couple

rdv-couple © A. de Pins

toujours aisé d’ébranler.

L’égo surgit à la moindre occasion, entraînant avec lui son lot de jeux psychologiques

Le meilleur moyen d’éviter ses ornières est de faire appel à son enfant intérieur qui est une expression de l’énergie de vie. Il joue avec les images, s’émerveille de tout, ne se prend pas la tête, de plus, il est amour inconditionnel. Il ouvre un chemin royal à cette forme de sexualité.

 

Outils pratiques: les rendez-vous d’amour

Cela peut paraître absurde de se fixer des rendez-vous pour expérimenter une autre forme de sexualité. Pourtant, cela donne le temps à la femme de se préparer à être disponible tout en rassurant l’homme du fait qu’il va avoir un temps pour nourrir son besoin de sexualité. Donc, le jour J, chacun est prêt.

Pour les mettre en place

  • Fixez-vous des rendez-vous réguliers (minimum un par semaine)
  • Organisez-vous pour être pleinement disponibles le moment venu (pas d’enfants, pas de téléphone, pas d’empêchement de dernière minute (sinon vous convenez immédiatement d’un autre moment)
  • Préparez le lieu : l’idéal serait d’avoir une « chambre d’amour » qui ne serve qu’à cet effet afin d’en préserver l’énergie. C’est rarement envisageable ! Donc nous vous invitons à préparer votre « chambre d’amour » avec un chauffage suffisant, des bougies (éviter des éclairages électriques trop puissants), une musique, de l’encens si cela vous chante. Trouvez ce qui est juste : ni trop, ni trop peu.
  • Préparez-vous : de quoi avez-vous besoin pour revenir à vous, pour lâcher le tumulte du quotidien ? C’est peut-être d’aller respirer dehors ou en faisant des exercices de respiration, de prendre une douche en savourant le contact de l’eau sur votre peau, de trouver votre harmonie intérieure en vous mettant au point zéro.
  • Ensuite vous pouvez déterminer ce que vous avez envie d’explorer : cela peut être quelque chose qui vous concerne vous (je vais être attentive au moment où je m’échappe dans mon mental par exemple) ou qui concerne le couple (nous allons porter notre attention sur le moment de la pénétration pour qu’elle soit extrêmement en douceur et dans la justesse pour chacun de nous par exemple). Les sujets d’expérimentation sont vastes car ils englobent la sensualité donc le toucher, le massage, le rapport sexuel, le déshabillage, l’accueil par le regard …
  • Il est important que le rendez-vous soit borné dans le temps (1h, 2h, 4h…) et que ce temps-là vous soit consacré.
  • Un peu avant la fin du rendez-vous nous vous invitons à échanger sur ce que vous avez vécu. Cela peut-être chacun son tour au moyen des « échanges au bord du lavoir » décrits dans notre bonus (l’un s’exprime, l’autre accueille et écoute sans répondre) ou en partage.

 

Une proposition d’expérimentation

Elle peut se faire habillé ou déshabillé, même si nous vous conseillons le contact peau à peau.

  • Installez-vous face à face, debout ou assis et accueillez-vous par le regard tout en étant en lien avec vous-même. Pour cela observez votre respiration : de quoi avez-vous besoin pour qu’elle reste calme.
  • Puis l’homme s’allonge sur le dos, lorsqu’il est OK, la femme vient s’allonger sur lui. Elle tourne sa tête de manière à ce que sa bouche soit du côté de l’oreille de son partenaire.
  • Chacun se détend et ajuste la position afin qu’elle soit confortable.
  • Puis chacun se met à l’écoute de sa respiration et l’amène à devenir plus profonde, quelle que soit celle de l’autre.
  • Puis vous accordez vos respirations : lorsque l’un souffle, l’autre inspire et réciproquement. Vous écoutez le dialogue de vos souffles ; vous laissez se placer le rythme et l’amplitude qui convient aux deux; vous ressentez ce qui circule en vous entre vos polarités; vous ressentez ce qui se tisse entre vous deux.
  • Exprimez avec des mots simples ce qui se passe en vous.
  • Maintenez l’expérimentation pendant environ 20 minutes.
  • Puis vous pouvez la faire évoluer soit vers le fait de vous détacher de l’autre ou de jouer avec ce qui s’est tissé en laissant le mouvement vous faire danser.
  • Puis vous clôturerez ce temps par un temps d’échange.

 

Variante : vous pouvez expérimenter la même chose juste après la pénétration, sans qu’il y ait mouvement volontaires au niveau des sexes.

 

Vos retours sont importants pour nous afin de savoir ce qui est à renforcer, ajuster ou améliorer.
Nous attendons vos commentaires pour aller en ce sens. Merci de votre soutien.

 

Illustrons tout cela avec une petite fable

 

La fable du hérisson et de l’écureuil

Demoiselle hérisson, cachée dans un fourréherisson-en-boule

Tout en boule roulée, pleurait à gros sanglots

Elle rêvait de douceur et n’était que piquants.

C’est en suivant le chant du murmure de tristesse

Qu’un écureuil surpris découvrit l’âme en peine

« Mais que pleures-tu donc là, petite Demoiselle ?

Que caches-tu bien loin, au cœur de ces piquants? »

Demoiselle apeurée,  se serra davantage

Déployant ses piquants comme autant d’aiguillons.

L’écureuil amusé, passa tout doucement

Le plumeau de sa queue sur les pointes acérées.

Emmurée dans sa peur, la belle ne sentait rien.

« Je suis là, accueillant et pourtant impuissant

A pouvoir t’apporter ce que pourtant tu cherches.

C’est par un cœur ouvert que l’on sent la douceur.

Et si

ecureuilPlutôt que d’isoler ton cœur à grand renfort de herse

Tu tentais de l’ouvrir, sachant qu’en un seul geste

Et même d’un seul piquant, tu peux te respecter

En mettant à distance la moindre violence. »

Demoiselle Hérisson, curieuse et intriguée

Desserra son étreinte et déploya son corps

Elle sentit sur son ventre, le frôlement du vent

Sourit à l’écureuil, plongea dans son regard

Touché, notre Seigneur, avec délicatesse

Caressa de sa queue le duvet gracieux

La Belle s’étonna qu’en un geste si simple

Autant de sensations éclosent dans son corps

L’histoire ne dit pas, ce qu’il advint ensuite.

 

Moralité

C’est en ouvrant son cœur sans quitter sa Présence

Que l’on peut accueillir des nuances de douceur

 

 

Trackbacks & Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *