Prendre le risque de vivre

On février 6, 2014 by Fabien et Maitie

parachutismeLorsque l’on veut quelque chose et que l’on tend vers un but, on a parfois l’impression que tout va à l’encontre. Cela nous amène à nous battre pour y parvenir. C’est comme si, nous, simple individu, cherchions à emmener l’Univers dans la direction que nous avons décidée. La bataille est perdue d’avance ! Alors que faire ?

 Anecdote

Odile vint me voir en entretien. Elle n’arrivait pas à être en lien avec son bébé Bruce de 8 mois qui lui en faisait voir de toutes les couleurs. Je la questionnais sur sa grossesse.

« Elle a été très difficile, j’aurais jamais imaginé cela. En plus, Bruce est né prématurément à 7 mois, ce qui a vraiment compliqué les choses.
– Qu’est-ce que ça a compliqué ? lui demandai-je.
Ben tout. Je devais soutenir ma thèse fin Juin et l’accouchement été prévu fin juillet. Alors j’ai bossé comme une dingue pour y arriver. Et quand l’accouchement s’est déclenché le 6 juin, c’était la panique. Mais bon, comme Bruce était hospitalisé j’ai pu me remettre à bosser assez vite, mais il fallait quand même que j’aille voir Bruce à l’hôpital tous les jours. J’essayais que ça ne me prenne pas trop de temps. Et j’ai eu ma thèse !
– Félicitation pour votre thèse ! Elle va vous permettre de faire quoi ?
– Je ne sais pas, elle marque la fin de mes études. Pour l’instant je prends le temps d’être avec Bruce… mais il me mène la vie dure ! »

Le cas d’Odile est extrême et pourtant il n’est pas rare. Ne vous arrive-t-il pas de vouloir quelque chose et de mettre tout en œuvre pour y arriver alors que tout va à l’encontre (vous renversez du café sur votre chemise, la voiture ne démarre pas, vous ratez votre train, vous n’avez plus de batterie sur votre téléphone, votre ordinateur plante…) ?

Cela peut nous donner l’impression que nous existons parce qu’on nous a appris qu’il fallait se battre pour être quelqu’un. Plus on se bat, plus on se sent fort. On sait qu’on peut y arriver et parfois on y arrive … Mais on arrive où ? J’ai obtenu une fleur et je me suis arraché un bras et la moitié de la jambe et surtout je me suis durci(e) si bien que je ne peux même pas savourer ma fleur. D’ailleurs, à peine arrivé(e), j’en cherche une autre.

Nous courrons après des buts qui nous amènent une reconnaissance sociale, familiale, amicale…
On a l’impression que parce que c’est dur et qu’on s’en sort, c’est qu’on est bon …
Donc si l’on ne s’en sort pas, on est nul(le)… C’est un échec !
On mesure notre force, que l’on associe à notre mérite, aux difficultés que l’on traverse, aux douleurs que l’on endure…

Post-itPourtant la vie est comme un flux, comme une rivière qui coule, parfois calme, parfois tumultueuse, mais elle coule, elle est fluide ; elle joue avec ce qu’elle rencontre, s’adapte, rebondit, se pose, dévale, emporte, submerge, polie, sculpte …

Nous ne pouvons pas la posséder, nous ne pouvons qu’en faire partie ou non. Dans le premier cas, tout coule, tout se fait facilement, on trouve l’abondance sur notre route, la vie nous sourit… Dans le deuxième cas, on est séparé de la vie, des autres, des choses, on s’enferme, on s’isole, on devient stérile…

Lorsque l’on cherche à l’enfermer, à la canaliser, à l’arrêter… elle gagne en puissance et finit par nous échapper, nous laissant sur la berge, démantelés.

 

La clé : adhérer à ce qui est

Odile s’est obstinée à vouloir passer sa thèse pour une raison qu’elle n’a même pas identifiée. Elle s’est enfermée dans ce but sans écouter là où l’appelait la vie. Pourtant, c’était visible, puisque c’est son bébé qui cherchait à ouvrir son cœur de mère au risque de se mettre en danger. Odile, en résistant, se coupe de son bébé. Elle se durcit et ferme son cœur pour ne pas entendre ses sensations qui la détournent de son but. Elle s’est fermée, isolée. Elle n’a pas compris que la grossesse et l’accouchement étaient des périodes précieuses qui l’invitaient à plonger dans le flux de la vie en ouvrant son corps et son cœur à l’autre. En résistant, elle s’est durcie. C’est ce qui crée une distance entre lui et elle. Il lui faudra de la patience et de l’indulgence pour s’ouvrir.

Par adhérer, nous entendons aller avec.
C’est un point très délicat car il n’est pas question de s’abandonner soi-même et de se laisser balloter par le flux de la vie. Un corps inerte est propulsé contre les rochers, victime des moindres obstacles, couvert de blessures… « Ce n’est pas de ma faute, pense-t-il, tout est contre moi ».

Nous avons vu qu’il ne s’agissait pas non plus d’aller à contre courant même si cela éprouve notre force.
Il est question de plonger dans le courant et de nager avec lui tout en nous maintenant au centre du flux qui présente le moins d’obstacles. Par contre, c’est là qu’il y a le plus de puissance.

Lorsqu’on adhère à la vie, on fait corps avec la rivière, comme si on était la rivière. Tout devient fluide, plaisant, on se sent libre et en lien avec tout ce qui nous environne. La vie est alors une expérimentation joyeuse. Qu’est-ce que l’on risque ? De mourir ? Nous mourons de toute façon et nous ne déterminons pas le jour de notre mort. En revanche nous avons le choix entre vivre en étant vivant au risque de mourir, ou de se battre contre la vie en mourant un peu plus chaque jour.

En revanche, vivre c’est prendre un risque, c’est oser lâcher les repères extérieurs auxquels on s’accroche, c’est partir à l’aventure, s’ouvrir à l’inconnu … car nul ne sait ce que nous réserve demain. La seule chose qui est certaine, c’est que la vie ne nous donne à vivre que des choses que l’on peut traverser même si cela nous fait peur. En revanche, lorsqu’on résiste, l’épreuve est à la hauteur de nos résistances.

Osho« La vie n’est pas un problème à résoudre mais un mystère à vivre. Si vous le vivez totalement alors, le problème est résolu ! » Osho dans le livre Intimité.

Comment y parvenir ?

Astuce : jouer à expérimenter

Regardez la vie comme une expérimentation  

En regardant ainsi ce que vous avez à faire, vous devenez un explorateur qui découvre un nouveau chemin. Vous ne pouvez pas faire d’erreur ; votre chemin risque simplement d’être une impasse. Si tel est le cas, vous explorez une autre piste.

  • Percevez lorsque vous devez faire quelque chose qui vous pèse
  • Jouez à explorer la manière de le faire sans que cela pèse… Il y a toujours un moyen 
  • Si vous n’en trouvez pas, posez-vous la question : qu’est-ce que cela vous apporte que ce soit dur et pesant ? Et utilisez le processus F et M C’est où dans votre corps ? C’est comme quoi ? De quoi cela a besoin ? 
  • Qu’est-ce que cela change en vous d’être un explorateur ? Qu’est-ce que cela vous apporte ?

 Impasse

Repérez vos impasses

Quelles sont vos manières de faire qui vous amènent toujours au même endroit ?
Pour les repérer :

  • Observez quand vous vous cassez le nez et que vous vous dites : « c’est toujours la même chose »
  • Quel processus interne vous a amené là ? Dans quels jeux psychologiques êtes-vous avec les autres ou avec vous-même ? 
  • Ainsi vous repérez un de vos processus qui mène à une impasse. Lorsque vous le repérez, cherchez une autre solution. Refusez d’enclencher votre processus.

 

Lâchez les « je veux »

  • A chaque fois que vous dites « je veux faire ou avoir ceci ou cela », repérez la tension que cela crée en vous.
  • Transformez-le en intention (en utilisant le point zéro), comme une direction que vous vous donnez mais à laquelle vous ne vous accrochez pas.
  • Suivez ce qui vous est proposé par la vie en faisant confiance, même si ça vous bouscule.

 

Cessez de nager à contre courant

Lorsque vous observez que l’environnement vous met des bâtons dans les roues, ou que rien ne vous est favorable

  • Arrêtez-vous
  • Observez ce que vous faites et où vous allez : quel est votre but ?
  • Imaginez alors que vous faites demi-tour pour faire face à la direction vers laquelle vous ne voulez surtout pas aller
  • De quoi avez-vous besoin pour l’expérimenter ? Qu’est-ce que cela vous fait ? C’est où dans votre corps ? C’est comme quoi ? De quoi cela a besoin ?
  • Osez prendre le risque d’explorer cette nouvelle voie, vous vous donnez alors la chance de vivre.

 

 Voyons maintenant notre fable de la semaine

 

L’anguille et le saumon

SaumonDans une belle vasque au pied d’une cascade
Une anguille dans les roches, coulait et ondulait
Savourant de jouer avec l’onde agitée.
Surgit d’on ne sait où, apparut un saumon

Qui de queue et de tête luttait contre le flux,
Remontant le courant dans le but évident
De franchir la cascade, juste en l’escaladant
« Mais que fuyez-vous donc à combattre le flux

Dans quel but faites-vous marathon insensé ?
Questionna Dame anguille, les yeux écarquillés
– C’est que, par tradition, nous devons, nous, Saumons,
Revenir à la source y déposer nos œufs
– Et c’est par tradition que vous vous épuisez,
Sans mangez, ni dormir pour aimer et mourir ?
– C’est dans ce but que nous autre vivons !
– Mais vous que voulez-vous ? interrogea l’anguille
–  …
– Et si vous restiez là, profitant de la vasque

Attendant patiemment qu’une Dame Saumon
Succombe à votre charme et vous offre l’amour
Vous auriez des petits que vous verriez grandir…
– C’est plaisant en effet, mais me semble trop simple. »
Le Saumon repartit affronter la cascade,
Combattant pour l’amour en y laissant la vie.

Moralité
On préfère parfois se battre à en mourir
Que d’aller dans la vie en toute simplicité 

5 Responses to “Prendre le risque de vivre”

  • merci pour ce merveilleux article qui tombe à point pour moi. Je cherche ma voie, au niveau professionnel, de mes activités et je bute… J’ai l’impression d’être le saumon depuis longtemps, depuis peu j’essaie de faire l’anguille, je prends du plaisir à apprendre de nouvelles choses mais j’ai un minimum de besoin financier. Comment trouver l’activité qui nous donne du plaisir et l’installer de manière réaliste du point de vue financier, des pistes ? Merci à vous2

    • Bonjour à vous,
      tout d’abord merci pour votre commentaire sur notre article et pour l’intérêt que vous portez à notre blog. Pour ce qui est de trouver votre voie au niveau professionnel, sachez que Fabien a mis au point une approche qu’il a nommé « Créer sa Légende » et qui possède une dimension personnelle mais aussi une dimension professionnelle. L’une ne pouvant pas aller sans l’autre. Donc n’hésitez pas à le contacter si vous voulez de plus amples précisions sur le sujet ou qu’il puisse vous accompagner en ce sens.
      Bien à vous
      Fabien & Maïtie

  • Ma question n’est pas exactement en lien avec votre article même si elle me semble assez proche:
    Comment se laisser porter par le flux de la vie et maintenir une qualité de présence lorsque l’on doit anticiper et prévoir. Mon cas concret: parfois seule avec 2 enfants, la journée me semble pleine d’anticipations et de stress: penser au prochain repas, à préparer les affaires pour sortir, s’occuper de l’un pour avoir ensuite les mains libres pour l’autre etc. Comment être ici et maintenant quand ma tête « doit » penser à la suite ?
    Merci pour la qualité de vos articles, et pour vos astuces pratiques
    Bien à vous
    Fleur

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