La cohérence : pilier d’éducation ?

On août 22, 2013 by Fabien et Maitie

Cohérence et enfant

L’enfant cherche la faille autant chez chacun de ses parents que dans le couple car il a besoin de sentir une limite ferme et cohérente pour pouvoir modéliser des comportements efficaces et des structurations mentales solides. Ainsi il peut se construire sereinement et durablement. Cela ne veut pas dire pour autant que les parents doivent appliquer des règles rigides face à l’enfant, ne serait-ce que parce qu’elles vont vite « exploser », mais plutôt de trouver une certaine justesse tenant compte à la fois de là où en est l’enfant mais aussi de là où nous en sommes en tant que parent. Voyons comment enfants et éducation cohérente peuvent faire bon ménage.

 

Prenons l’anecdote suivante pour parler plus concret:

Anecdote

Pendant le dîner, Annie (15 ans) demande à sa mère Géraldine :

«  Est-ce que je peux sortir après, j’ai promis à Véro de passer la voir ?

–       Non, tu es trop fatiguée !

–       Mais non, j’suis pas fatiguée … Ce s’ra pas long… J’lui ai promis …

–       Non, tu ne sortiras pas, insiste Géraldine

–       Enfin, tu peux bien la laisser aller voir sa copine, c’est la fin de l’année, exprime Sylvain le père.

–       Il a raison papa, c’est la fin de l’année, tu peux bien me laisser y aller

–       Tu lui passes toujours tout à TA fille, comment veux-tu qu’elle grandisse ! rétorque Géraldine

–      

La cohérence : pilier d’éducation

Une clé d’éducation essentielle : être cohérent avec soi-même tout en respectant l’autre

La cohérence est un pilier sur lequel l’enfant peut s’appuyer pour grandir. Peut importe les actes du moment qu’ils sont en cohérence avec celui qui les fait. Concrètement, cela veut dire que tout en lui est en accord avec ce qu’il dit ou ce qu’il fait : son corps, son cœur, sa tête et même son esprit.

AvengersLa cohérence dans le couple, revient, non pas à adopter la même attitude (car elle n’est pas forcément juste pour chacun) mais plutôt que chacun soit cohérent avec sa propre position tout en respectant et soutenant son partenaire dans sa position.

Ainsi chacun occupe la place qui est la sienne même s’il y a désaccord. L’enfant peut alors trouver sa propre place et apprendre que la différence ne rime ni avec conflit, ni avec concession.

Dans l’anecdote, Géraldine ne veux pas que sa fille sorte même si elle n’exprime pas pourquoi. La raison évoquée (ici la fatigue) appartient à Annie qui d’ailleurs la réfute. La mère interprète sûrement à tort le monde de sa fille car elle n’a pas au préalable vérifié sa lecture. Si tel est le cas, alors c’est une intrusion abusive dans la sphère affective et émotionnelle de sa fille.

Le père lui, soutient sa fille et se positionne contre l’avis de sa compagne. Cependant, personne ne sait ce qui importe vraiment pour lui,  et il y fort à parier, que n’exprimant pas réellement son opinion, ça lui permette d’une part de ne pas prendre une responsabilité de père (en posant une loi à sa fille) ou d’autre part, de ne pas prendre une responsabilité de compagnon (en ne soutenant pas la mère jusqu’à la désavouer de manière implicite).

Annie se retrouve face alors à deux parents qui n’expriment pas les vraies raisons de leurs choix et qui ne se respectent pas l’un  l’autre. Il va être difficile avec cette « donne » d’attendre d’Annie qu’elle se respecte et qu’elle respecte des formes d’autorité qui n’arrivent même pas à s’accorder.

 

Pour que la situation soit constructive pour Annie, il faudrait que :

◦   Géraldine exprime dans un premier temps les véritables raisons de son refus. Par exemple : « ce soir je suis fatiguée et j’ai besoin de dormir. Quand tu sors, je suis inquiète et je ne trouve pas le sommeil. Donc ce n’est pas OK pour moi que tu sortes. Cela donnerait à sa fille, une raison qu’elle peut entendre car c’est basé sur la sensation qu’éprouve sa mère. Et peu d’enfant aiment consciemment faire mal à leur parent quand ils savent ce qui se passe vraiment.

◦   Que Sylvain soutienne Géraldine même s’il n’est pas en accord avec elle. Par exemple : « Annie c’est important pour moi que tu écoutes ma femme et que tu fasses ce qu’elle te dit, même si cela te contrarie ». Ce qui donnera plusieurs informations essentielles à sa fille. 1) Qu’il y a une cohérence dans la position de ses parents et qu’ils se soutiennent dans leurs rôles respectifs. 2) Que Sylvain soutient sa Femme et non la mère d’Annie. Ce qui informe Annie, qu’au-delà d’être ses parents, ils sont avant tout un couple en lien. Cela sera capital dans sa construction pour qu’elle n’oublie pas le jour où elle deviendra mère, de rester aussi femme.

◦   Eventuellement, en dehors de la présence d’Annie, Sylvain peut évoquer à Géraldine les conditions de sortie de leur fille afin d’exprimer ce qui est cohérent pour lui. Ils pourront en débattre pour trouver une ligne d’action qui les satisfasse tous les deux et qui soit solide face à leur fille. Cette discussion les regarde en tant que parent et en tant que compagnon de vie, c’est pourquoi Annie n’a pas à assister à cela, mais plutôt à bénéficier de cette même voix pour mieux se construire.

 

On ne peut défendre et tenir que la position qui est juste pour nous. Les enfants quel que soit leur âge, y sont très sensibles. Tant qu’ils ne vous écoutent pas, c’est qu’il y a fort à parier que vous ne soyez pas cohérent avec vous-même et que vous n’exprimiez pas ce qui est profondément juste pour vous.

Cohérence Tigre

 

Nos enfants sont le plus fabuleux des curseurs mesurant la justesse de nos positionnements. Il est donc normal que quand ils nous prennent en défaut cela ne nous soit pas très agréable. Cependant nous avons alors une magnifique opportunité de nous ajuster. Pas besoin d’aller à l’autre bout de la planète pour chercher en vain un maître, quand aujourd’hui nous les mettons au monde et qu’ils vivent à domicile et nous pointent tout ce qui est à transformer.

 

Pour être en cohérence avec vous-même, voici quelques outils pratiques : 

Quand votre enfant fait ou demande quelque chose, écoutez ce que dit votre corps : s’il n’est pas d’accord, il se met en résistance: 

 

◦   Interrogez la zone qui résiste, que ressent-elle ? (je me sens envahie, agressée, piétinée, brusquée, …). Exprimez-le à l’enfant, vous l’informez ainsi de votre univers (voir article intitulé « Comment ne pas prendre en charge l’autre« ) : par exemple « quand tu fais cela… je me sens … alors je te demande d’arrêter »

◦   En quoi est-ce important pour vous (et non pour votre lignée ou vos croyances) qu’il fasse ce que vous lui demandez ? C’est comme si vous cherchiez la racine de votre demande. Que se passe-t-il pour vous s’il ne le fait pas ? Votre réponse peut être une piste vers la véritable raison de votre demande. Il arrive parfois qu’en cherchant la réponse à cette question vous vous rendiez compte que ce n’est pas important pour vous, car les enjeux sont ailleurs.

◦   Exprimez vos sentiments à vos enfants. Si lorsque votre enfant vous dit : « tu es triste maman ? » vous lui répondez : « non, tout va bien, ne t’inquiètes pas ! » alors que vous êtes triste, vous lui enseignez deux choses:

1) Que ses perceptions sont fausses car il vous ressent triste, vous êtes l’autorité qui lui apprend à distinguer les choses et vous lui dites que vous n’êtes pas triste. Comme à ce stade là, il ne peut vous mettre en doute, c’est donc lui qui a tort

2) Qu’il doit vous prendre en charge parce que visiblement vous avez un problème, que vous n’arrivez pas à le résoudre (même si vous faites bonne figure) et que personne ne semble vous soutenir. Donc dans un souci de survie, il va devoir vous « sauver » et vous prendre en charge au moins émotionnellement.

Cohérence - enfant triste

Voici ce que nous préconisons de répondre : « Oui je suis très triste et tout ce qui arrive, ça appartient à maman, donc je m’en occupe. Tu peux aller jouer, maman va y arriver ». Là, vous lui enseignez trois choses:

1) Que ses perceptions sont justes et qu’il peut s’y fier pour avancer dans la vie 

2) Que l’on peut être vulnérable et le poser aux autres autour de soi

3) Que Sa maman prend en charge ses problèmes, donc que l’on peut s’accompagner soi-même dans des moments difficiles

A vous de voir, ce qui vous parle le plus. Il va de soi que pour F&M, la seconde approche est bien plus puissante. 

Pour être cohérent dans le couple :  

1. Distinguer la place de chacun. Comme nous l’avons vu dans l’article intitulé « comment être un bon père ou une bonne mère » :

  •  la mère (ou représentant maternel) est la gardienne des règles dans l’espace de vie,
  • le père est le gardien de l’observation des lois à l’extérieur.

C’est une des bases fondamentales sur laquelle se construit l’enfant et qui vous permet à chacun de clarifier et distinguer éventuellement vos places. Cela n’empêche pas de pouvoir discuter de ces règles et de ces lois entre vous afin de les harmoniser selon vos valeurs.

2. Reconnaître et respecter les acteurs d’une problématique.

  • Si c’est entre un enfant et un parent : ce sont les acteurs. C’est à eux de résoudre la scène sauf si l’un d’eux appelle un autre acteur (l’autre parent par exemple). Dans l’anecdote, les acteurs sont Géraldine et Annie.
  • Le parent spectateur (de près ou de loin) n’intervient pas même si la manière dont les choses se déroulent ne lui convient pas (sauf si la sécurité de l’enfant est en jeu bien entendu). Sylvain en intervenant dénigre Géraldine qui le lui retourne instinctivement.
  • Ainsi les acteurs ont la possibilité de résoudre la problématique ; ils sont reconnus dans leur capacité à le faire par l’autre parent qui leur fait confiance. En intervenant alors que rien n’est demandé, vous ne permettez pas aux acteurs de grandir dans leur confiance en eux et de s’affirmer.
  • Ressentez en vous ce que cela change dans votre corps lorsque vous imaginez cette procédure : que se passe-t-il en vous lorsque vous êtes spectateur(trice) et que vous n’intervenez pas dans la situation ? et lorsque vous êtes acteur(trice) et que vous devez aller jusqu’à la résolution de ce conflit ? Aidez-vous du processus F&M pour transformer éventuellement vos résistances.

3. Soutenir l’autre dans sa parole : lorsque l’on vous sollicite dans une problématique qui n’est pas la vôtre, il est important que vous soyez très clair. L’enfant est alors en présence de votre couple homme-femme et du couple parental ; l’un a valeur éducative, l’autre est le modèle de relations homme-femme pour l’enfant. Ressentez la différence si un père s’adresse à son fils en disant : « ne parle pas comme cela à ta mère ! » ou « je ne tolère pas que tu parles ainsi à ma femme ! » Même s’il ne respecte pas sa mère, vous lui demandez de respecter votre femme. Il en serait de même si la parole était à la femme.

     Si vous n’êtes pas en accord avec ce que dit l’autre parent vous pouvez

  • Amener l’enfant à respecter la parole de l’autre. Ainsi vous soutenez votre compagnon (compagne) inconditionnellement.
  • Exprimer votre avis si cela vous est demandé sans pour autant prendre en main la résolution. Vous êtes à une place de conseiller.
  • Soutenir votre enfant en reconnaissant sa réaction : « …. Même si cela te met en colère » par exemple.
  • Dans un deuxième temps, si c’est important pour vous, demandez à l’autre parent de parler de ce conflit car vous n’êtes pas en accord avec certains points. Cela se fera en dehors de l’enfant car ce débat concerne le couple père-mère.

4. Nommez l’expéditeur de la demande : si votre partenaire vous demande de résoudre une situation qui le perturbe, vous devez rester dans votre cohérence en prenant garde de ne pas endosser la demande qui n’est pas la sienne.

Par exemple : la mère appelle son compagnon pour qu’il demande aux enfants de baisser la musique qui est trop forte alors que cela ne perturbe pas le père. Il pourra dire « vous pouvez baisser la musique car c’est trop fort pour votre mère ». S’il ne précise pas à qui appartient la demande, les enfants perçoivent que lui n’est pas perturbé, donc pas en cohérence avec ce qu’il exprime, donc ils n’obéissent pas.

 

Voyons comment la fable qui va suivre illustre ces propos.

Fable de la Dame Chardonneret et du Chat matou malin

Dame Chardonneret, veillait sur sa couvée

Qui maladroitement apprenait à voler

Le père de son côté, gardait le territoire

De sa présence calme autant que vigilanteCohérence - oiseau

Soudain le dernier né, à grand renfort de cris

Attira l’attention : « je ne veux pas voler,

Je suis bien dans mon nid à contempler le ciel »

La mère interloquée, répondit sur le champ :

« La vie n’est pas au nid, tu dois voler mon fils,

Tu n’as pas d’autre choix que d’affronter le vide.

– C’est que je suis petit et manque de puissance

Je veux prendre le temps de bien me préparer

– Tu es bien assez grand pour faire battre tes ailes

Et je n’ai pas le temps de te garder au nid »

Ayant ainsi parlé, Dame Chardonneret

S’apprêta sournoisement à déstabiliser

D’un rapide coup d’aile l’oisillon apeuré.

« Tout doux ma toute belle, interrompit le père

Tu peux bien repousser à d’autres lendemains

Ta soif de liberté et lui laisser le temps

De se sentir fin prêt. Rien ne presse après tout. »

Cohérence - ChatLe chat Matou Malin, attendait patiemment

Que cet instant arrive : le gardien n’était plus.

Il lui suffit d’un bond et d’un seul coup de patte

Pour arrêter le vol d’un petit oisillon.

Le coup fut si rapide, que les Chardonnerets

Se figèrent en silence : le chat était parti

Emportant dans sa gueule, le chant de leur petit.

« Et si tu permettais que je fasse à ma guise

J’aurais le sentiment d’être bien protégée,

Dit la mère attristée, je les aide à voler

Et toi tu leur apprends à rester vigilant ».

  

Morale

 En étant cohérent on soutient le Vivant

A nourrir le chaos on le met en péril

 

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