Film « Affaire Thomas Crown »

On janvier 2, 2014 by Fabien et Maitie

Affaire- THOMAS CROWN-2Ce film, qu’il soit dans sa version originale (de 1968) avec Steeve Mc Queen et Faye Dunaway ou dans son remake de 1999 avec Pierce Brosnan et Rene Russo, l’Affaire Thomas Crown aborde sur fond d’intrigue de haut vol, le délicieux sujet de la rencontre amoureuse avec tout son jeu de séduction et son florilège de masques. Il permet de montrer les parades nuptiales que nous utilisons dans nos approches mais aussi de pointer ce qu’il se passe lorsque nous arrêtons de jouer à ces faux-semblants pour devenir authentiques et vulnérables. Pour illustrer cela, nous avons choisi plusieurs scènes : celle où le couple danse, celle où ils se narguent dans l’île et la scène finale, magnifiquement servie par une musique de Nina Simone avec un délicat hommage au peintre Magritte.

 

Scène 1 : La danse

  

Rivalité

thomas crown danse jeuneLa séquence démarre avec un des protagonistes (l’homme:Thomas Crown) qui danse avec une jeune et jolie femme. Il est interrompu par le second protagoniste (la femme) et dès lors l’attitude du héros marque plusieurs choses :

 – regard fixe
 – sourire avec une pointe d’ironie
 – il embrasse sur la joue la jeune personne
 – Phrase qui dit : « tout est ok »
 – Puis regard encore plus profond lancé à l’autre femme


La jeune femme s’en va avec une certaine autorité qui marque des jeux de regards et de défiance entre les deux femmes.

Ce phénomène de rivalité est un grand classique de la séduction. Il appelle par l’entrant dans la scène de montrer plus « de performance » pour remporter l’adhésion.Thomas Crown Affair Danse

Ce qui peut être, à la base, de la jalousie amoureuse, n’est autre qu’une émotion souvent agressive, en réponse à une peur archaïque (bien souvent liée à l’enfance). La peur ici, est le fait de perdre l’être que l’on aime ou l’exclusivité de son amour.

La difficulté de la jalousie tient à ce qu’elle s’appuie sur des interprétations plutôt que sur des faits. C’est pourquoi la jalousie ne peut naître que chez des couples où la relation de confiance est faible. Ce qui signifie d’une part la confiance en l’autre mais surtout la confiance en soi avec cette assurance d’être aimable pour ce que l’on est, plutôt que ce que l’on fait ou devrait faire. 

Ce sentiment va devenir exacerbé si la personne jalouse vit une relation fusionnelle avec son ou sa partenaire, faisant de ce(tte) dernier(e) le(la) responsable de son équilibre psychologique. Ce qui va entraîner que l’individu jaloux va vouloir être sans cesse rassuré car il s’inquiète de tout (ce qui peut aller jusqu’à une paranoïa, car n’oublions pas que son sentiment d’insécurité, lié à une problématique d’attachement ne réside pas sur des faits mais sur l’imagination et les peurs nourries en ce sens).

 

Parade nuptiale

 danse-thomas crown

 

Dès lors la parade nuptiale va commencer. Observez l’attitude de corps de Thomas Crown qui ouvre les bras en accueil avec un sourire et un regard, puis les joutes verbales qui vont exprimer tout à tour de l’ironie, du panache, de la provocation.

 

  • Provocation

Lorsque Rene Russo tient par derrière le héros et lui assène qu’elle le traque, cela amène chez le héros, une écoute attentive puis un rire avant de se défaire et de la faire tourner sur elle-même. C’est une des manières de réagir à la provocation qui consiste à « se jouer de » pour mieux affirmer son désir de « jouer avec ».

 

  • Danse nuptiale

Puis un changement de musique, marqué par les percussions, va lancer leur ballet.

Dès lors, Rene Russo va s’amuser avec son déhanché et avec sa chevelure tout en maintenant le lien par le regard. Or ce dernier élément (le regard) est un outil très puissant pour appeler l’espace royal de l’autre mais aussi pour augmenter la sensation et le ressenti du lien à l’autre (notamment dans l’acte d’amour). De fait nous assistons ici à un préambule d’où la notion de danse nuptiale.

 

  • Jeu et mise à mort

Thomas Crown va alors réagir en faisant des passes de danse (pour montrer sa puissance à « driver ») qu’il renforce par une mâchoire fermée, tel un prédateur à l’affût, qu’il va prendre soin de relâcher dans un cri en faisant voler le foulard rouge de sa partenaire, tel un toréador avec son « olé ».

 

  • Prise de contact

Ils vont alors se mettre à distance, puis l’homme va rappeler la femme à lui, ce qu’elle va faire en chaloupant des hanches et lui montrant son corps nu au travers de sa robe quelque peu transparente. Dès lors, elle va revenir à reculons vers lui, jusqu’à le toucher. Il va répondre en plaçant ses mains le long des cuisses de sa partenaire puis les enlever dans un geste très flamenco. Là aussi, c’est une manière de traduire son attraction sans se mettre en position de dominé.

 

  • Ultimatum

Affaire-thomas-crown-questionLe héros la fait tourner puis l’attrape vigoureusement et la retourne vers lui en lui assenant avec un regard profond et un léger sourire :« You want dance or you want else ? ». Delà, va se déclencher le baiser de cinéma, que le spectateur est en droit d’attendre.

Cette attitude s’appelle dans la relation amoureuse : l’ultimatum 

Il est ici clairement explicite en termes de posture même s’il est carrément flou en termes de demande. En effet, le héros ne témoigne pas de la réalité de son envie ou de ses sentiments, mais il laisse supposer cela en espérant que l’interprétation de l’autre sera la bonne. Ce qui est un pari qui peut coûter cher en termes de relations, car ne pas s’exprimer et attendre de l’autre qu’il ait compris votre demande non dite peut générer pas mal de malentendus. La principale raison à cela est la peur d’exprimer sa vulnérabilité avec authenticité. De nos jours, l’homme prend de nombreuses précautions dans la séduction pour ne pas être ni déçu, ni considéré comme trop entreprenant (ce qui peut avoir des conséquences graves) et l’ultimatum en est un.

Voyons maintenant une autre forme de séduction.

 

Scène 2 : L’Ile et le tableau

Dans cette scène l’homme (milliardaire) emmène la femme dans une de ses résidences sur une île française avec un tableau dans une boîte (le même tableau que la femme cherche et que l’homme a peut-être volé). Or le tableau sert d’artefact pour pimenter la relation. Cela pourrait être remplacé par n’importe quel objet qui symboliserait alors une forme d’attention à l’autre ou au couple. Ex : une bague de fiançailles, un voyage …

 

Mise en scène de son attention pour l’autre

La scène débute par un survol d’île dans un jet privé où la femme annonce que « ces îles ne sont pas Manhattan » ; ce à quoi l’homme répond par une espièglerie « c’est vrai ? ». Cela présuppose que l’on va entamer un nouveau jeu de chat et de souris avec l’homme qui mène davantage la danse cette fois-ci, puisque c’est son jet et qu’il est le seul à connaître la destination.

Cette attitude est souvent une approche masculine visant à mettre en scène quelque chose de « génial » qui va témoigner de toute son attention (ou de son amour) au risque d’en faire trop.

 

Cette voiture : c’est moi !

Thomas-crown-mustangDès qu’ils atterrissent, nous entendons des personnes parler français, ce qui augmente le côté exotique de la surprise, ici le tableau est bien visible dans sa boîte.

Puis les protagonistes vont monter dans une voiture de sport (une mustang) trafiquée avec les portes qui ne s’ouvrent pas, obligeant ainsi à les enjamber. Délicate attention du réalisateur pour montrer qu’il va falloir prendre un risque pour se rapprocher de l’objet convoité (à ce stade du film, on ne sait plus si l’objet convoité est l’homme ou le tableau ; ce qui en fait une scène crucial du film). Le choix de la voiture par son côté racé témoigne aussi de l’analogie avec le personnage principal.

 

Cette maison : c’est aussi moi !

Puis ils vont traverser la ville et le seul monument que le spectateur va voir est une église (symbole du mariage, de l’engagement,…) puis des rues et des chemins qui mènent en haut de l’île vers une maison isolée. Ce choix visuel offre l’information de la rareté et de l’aspect imprenable de la place dans lequel l’homme amène la femme. Un peu comme si cette maison était une représentation de lui : seule, isolée, au-dessus du monde, et en même temps, charmante, simple, accueillante….

 

Provocation

A peine arrivée, la femme envoie une joute verbale en lui signifiant :

  • « Ca doit leur faire son petit effet »
  • « A qui ? »
  • « A toutes celles que vous emmenez ici »
  • « Je n’amène personne ici »

La nonchalance, la simplicité de ses vêtements, le ton utilisé et les mots choisis par l’homme pour répondre, marquent une certaine simplicité, qui à ce stade de la relation peut être autant une technique de séduction qu’une autre facette de sa personnalité. On ne sait pas encore s’il va faire preuve de vulnérabilité ou s’il va chercher à contrôler le jeu. Ce qui est marqué par l’attitude de la femme que l’on voit hésitante suite à ce qu’il vient de dire.

Puis il lui montre une chambre avec un placard avec une pluralité d’habits où elle trouvera sûrement son bonheur, témoignant ainsi de son aspect prévenant qu’il clôt en signifiant qu’il va préparer le dîner.

La scène qui suit, nous la voyons qui s’est changée et lui qui s’est un peu dévêtu. Tout deux sont alors buste nu, ce qui va induire un jeu de séduction plus de « cœur à cœur », donc avec moins de masque car plus à nu.

thomas crown ile

Dès lors, elle est en train d’admirer la vue et son regard se porte sur le tableau. Puis l’homme se baisse pour rentrer dans le champs visuel de ce qu’elle observe avec un verre à la main et lui dit : « tu veux le voir ? » Ce à quoi elle répond par la négative. Il insiste même en demandant si elle est sûre et elle répond toujours non.

 

Ici encore, même s’il parle du tableau, cela laisse une ambiguïté car il parle autant de lui-même que du tableau. En effet, montrer qu’il est vraiment lui (qui pourrait être renforcé en dévoilant le tableau car soit, c’est le tableau volé et alors il se rend totalement vulnérable en le montrant, soit c’est un autre tableau amené comme un présent pour elle, auquel cas il dévoile ses sentiments). Elle clôt le débat en l’attrapant avec sa serviette (quelle place autour de son cou à lui), se mettant ainsi poitrine nue (donc plus vulnérable) et l’invitant à venir vers elle. Scène inversée en comparaison avec celle de la danse. Puis elle l’embrasse.

Le jeu autour du tableau vient de verbalement commencer et l’on sait qu’à plusieurs reprises cela va se répéter jusqu’à ce qu’il y en ait un qui craque.

Nous les retrouvons au repas, lui le regard concentré sur elle en lui demandant si elle veut le voir (sous-entendu le tableau) et elle, grignotant quelque chose, en répondant non. Il réitère en demandant si elle est sûre. Elle répond de nouveau non en souriant.

Puis ils vont aborder ensemble la notion de confiance, où il va lui avouer qu’il a confiance en elle, ce qu’elle va réfuter, en lui signifiant que non ce n’est pas vrai, qu’il ne peut pas.

Elle se lève alors, va prendre le tableau et le met dans le feu puis vient se rasseoir.
Il lui demande alors si elle veut que l’on ouvre une autre bouteille. Là, elle répond oui.
Puis tous deux, comme médusés, les yeux dans le vague, ergotent sur la bouteille de vin et le mauvais cru que c’était.
Il regarde alors le feu et fait une moue, suivie d’une attitude de sa part dans le même sens.
Elle a les yeux froncés et demande :

  • « qu’est-ce ce que c’était ? »
  • « Un petit Renoir »
  • « Oh, Renoir ! »
  • « Une jolie petite copie ?! demande-t-elle soucieuse
  • « On ne le saura jamais, n’est-ce pas ? »
  • « Ok, j’abandonne !!! » dit-elle en criant

Nous comprenons qu’elle vient de céder cette partie même s’il ne s’attendait pas à ce dénouement. Les deux entrent sous le charme respectif de l’intelligence de l’autre, qui est le leitmotiv de leur relation.

 

 

Scène 3 : Scène finale

La scène finale permet à l’homme de s’ouvrir à la femme ; car il lui a proposé de partir avec lui. Et seul le tableau volé était un obstacle à leur amour et leur histoire, il allait le remettre au musée. Qu’elle aurait alors deux choix : le trahir et le faire arrêter ou le rejoindre sur la jetée et partir avec lui.

Assurance

Thomas_Crown_Finale
La scène débute avec l’homme qui entre dans le musée une mallette à la main. On l’aperçoit au travers de caméras de surveillance où toute la police est là ainsi que la femme (qui visiblement l’a trahi). Puis en vrai, où il prend son chapeau fait un sourire et regarde toutes les caméras en faisant un tour sur lui-même.

Puis il remet son chapeau et annonce : « Que le jeu commence » ; la musique de Nina Simone démarre et l’homme déambule dans le musée.


Intelligence

Il est alors donné l’ordre de l’arrêter. Nous voyons Pierce Brosnan qui échange sa mallette avec quelqu’un, habillé exactement comme lui, auquel vont s’ajouter plusieurs dizaines d’hommes tous vêtus de la même manière ; ce qui va semer le trouble et la suspicion chez les policiers.

 

Trahison

C’est pourquoi le responsable de la police demande à la femme qui sourit de ce spectacle (et de l’intelligence qui en émane) si elle l’a prévenue. Répondant non, il dit : « Alors il sait que vous alliez le trahir ». Retour sur son visage, où elle comprend ce qu’elle vient de faire.

 

Maître du jeu

L’homme se change alors et va passer à l’attaque en lançant des fumigènes dans la salle où il est censé ramener le tableau tout en déclenchant l’alarme incendie. Ce qui va permettre au système incendie d’asperger la salle et aux rideaux de protection de se refermer pour protéger les tableaux. Tout va se fermer à l’exception d’un rideau qui bloque sur un tableau, (donné par Pierce Brosnan au musée pour palier au tableau qui a été volé) dont le cadre est trop gros ; ce qui alors va bloquer la fermeture, le tout renforcé par des crayons qui sont coincés dans la rainure. L’eau coulant du plafond va faire partir la peinture à l’eau du dit tableau, qui n’était en fait qu’un maquillage pour camoufler le tableau volé, qui a donc depuis longtemps réintégré le musée.

Tout le monde se précipite dans la salle, les fumées se dissipent et la police découvre le tableau retrouvé (et donc la culpabilité de Pierce Brosnan pour le 1er vol) mais non loin de là, un autre tableau vient d’être volé (celui que Rene Russo avait dit préférer à Pierce Brosnan).

 

Fin du jeu : que l’amour commence

Cette scène montre l’ingéniosité de l’homme et les risques qu’il est prêt à prendre par amour pour cette femme. En même temps, cela montre que lui s’est autorisé à l’aimer et à être vulnérable tandis qu’elle, qui s’est sentie trahie car elle a cru qu’il avait une relation avec la jeune femme de la danse (alors qu’il en est simplement le tuteur), à préféré s’attacher à son interprétation plutôt que de lui faire confiance.

Tout l’art du couple et de la relation amoureuse va effectivement reposer sur la confiance mais non pas la confiance aveugle mais plutôt l’autorité authentique et noble qui émane de ces personnes qui se respectent et qui savent prendre en charge leur propres besoins ; ce qui les protège de tous les jeux psychologiques et autres projections.

 

Anecdote

Pour l’anecdote, la psychologue de Pierce Brosnan n’est autre que Faye Dunaway, qui avait joué la femme dans la version de 1968 et qui prévient dans cet opus le héros par cette énigme :

« Savez-vous comment font deux porcs épics pour se reproduire ?
« Ils font attention »

A vous de savoir quel type de relation vous voulez entretenir avec votre partenaire de vie. Interpréter et lancer des froids piquants ou interroger l’autre et gérer ce qui vous gêne pour mieux offrir des chauds doudous ?

 

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