Fausse-couche : comment l’aborder?

On décembre 26, 2013 by Fabien et Maitie

fausse-couche
Les fausses-couches et les avortements sont nombreux aujourd’hui. Pourtant ils restent tabous : la femme étouffe sa douleur en silence, à moins qu’elle ne l’anesthésie ou la nie en banalisant l’évènement. Mais qu’en est-il de la fratrie ? Chaque enfant occupe une place particulière et lorsque l’un n’est pas nommé sous prétexte qu’il n’a pas vu le jour, le suivant occupe sa place… qui n’est pas la sienne. Comment remettre de l’ordre ?

 

Anecdote

Angela vint me voir. Elle se faisait du souci pour sa fille aînée Maureen qui, du haut de ses quinze ans, se renfermait et semblait ne pas vouloir grandir. Après discussion, il ressortit qu’Angela avait fait une fausse couche 1 an avant de concevoir Maureen. Je l’invitais à prendre en considération cet événement et surtout d’en parler à sa fille.

Elle se décida un soir alors qu’elle faisait le bisou d’avant la nuit. Elle s’assit au bord du lit et dite à sa fille:
– « Maureenn, j’ai besoin de te dire quelque chose qui est important pour moi.
– ….
– Un an avant que tu viennes au monde, j’ai accueilli un autre enfant dans mon ventre. Mais il n’est pas resté. Je l’ai perdu à deux mois de grossesse. J’ai vraiment cru que ma vie s’arrêtait ce jour-là. Avec le temps, j’ai repris espoir … et puis tu es arrivée. J’avais très peur de te perdre au début. Mais j’ai senti que tu t’accrochais à la vie, alors j’ai eu confiance.  C’était important pour moi de te dire que tu avais un frère ou une sœur, je ne sais pas.
– Ca te fait quoi que je te dise cela ?
– J’chais pas… ça fait bizarre ! Mais je crois que c’est bien. Bonne nuit ! »

Le lendemain, Angela fut surprise de voir arriver Maureen avec un air léger, un peu comme si le printemps était là, dans son corps. Elle fut rassurée mais ne dit rien.

Les fausses-couches se vivent souvent dans le secret des corps de femmes : tristesse, désespoir, honte, incompréhension, impuissance, incapacité, stérilité… sont autant de mots qui tapissent l’ombre des utérus.

Le corps médical tente de dédramatiser : « vous êtes jeune, vous en ferez d’autres »…  » vous savez, ce sont souvent des œufs malformés » (ainsi la femme se retrouve en plus avec la possibilité de concevoir un monstre)… « c’est un œuf clair »… « vous savez, c’est fréquent »…

 

Est-ce si difficile de regarder la vérité en face ?

Une énergie de vie s’est mobilisée pour s’incarner. Elle prend corps dans le ventre d’une femme.
Quelle que soit sa forme, autruchecette énergie existe. Ce n’est pas parce que le cœur bat ou que le corps est achevé ou que le cerveau fonctionne que l’être existe.
Il précède la forme : il in-forme la matière qui peut alors prendre forme.

Notre corps est principalement composé d’espace. Si l’on retire cet espace nous ne sommes pas plus gros qu’une balle de golf. De plus, cette matière se renouvelle sans cesse, même nos neurones. Donc nous ne sommes pas cette matière que nous appelons corps.

Qu’est-ce qui habite l’espace et nous anime ? Une énergie de vie que nous expérimentons d’incarner sur Terre. Quelle sera la durée de cette expérimentation ?
Nul ne peut répondre à cette question. Nous nous incarnons le temps qui nous est nécessaire pour la vivre. Ce temps peut être de quelques secondes ou d’une centaine d’années. L’une n’est pas meilleure que l’autre.

C’est cette énergie que perçoivent les enfants. Une femme nous racontait qu’elle savait qu’elle allait être enceinte au changement de comportement de ses aînés qui le ressentaient parfois même avant la conception.

Femme-enceinteDès l’instant où une femme est enceinte (voire même avant), elle accueille un nouvel être ; elle s’engage consciemment ou inconsciemment à le protéger, le nourrir, l’aimer le temps nécessaire à son évolution. Si le projet s’arrête, c’est à dire si l’énergie se désolidarise de la matière, l’évolution corporelle s’arrête et involue. La femme est en deuil ; son projet d’enfant à naître s’écroule. Mais l’énergie perdure.


Faire le deuil de son projet, lui permet de refermer la porte qu’elle avait ouverte sur l’avenir. Lorsque ce n’est pas fait, la porte reste ouverte, appelant un nouvel être à s’incarner pour le projet précédent : il prend la place du précédent.


Enjeux pour la fratrie

Ainsi la fratrie est désorientée : si la femme fait une fausse-couche (ou un avortement) pour sa première grossesse par exemple, l’enfant qui va suivre sera considéré comme l’aîné de la fratrie, alors qu’en réalité il est le deuxième. Cela peut lui poser des problèmes pour trouver sa place. Mais le deuxième est en fait le troisième, voire le quatrième s’il y a eu une autre fausse-couche… Toute la t-fratrie est désorganisée et l’exprime dans les tensions qui existent entre eux ou à l’intérieur d’eux.


Deux clés essentielles : le deuil et l’identité

– Les parents ont à vivre, l’un et l’autre leur deuil, sentant le lien unique qui les relie à cette énergie qui s’est envolée. Il est souvent plus aisé pour le père de le faire, car l’énergie n’a jamais pris corps pour lui, alors que la femme porte une mémoire tissulaire.

– Cet être doit être nommé dans la fratrie et occuper sa place même s’il n’est pas reconnu sur un état civil

 Deuil

Outils pratiques

Pour faire le deuil

– Prendre le temps nécessaire pour accueillir et exprimer l’émotion qui est là : tristesse, colère, désespoir… Ne pas chercher à l’enfouir en vous réfugiant par exemple dans un activisme inapproprié. 

– Lorsque vous évoquez cet événement : qu’est-ce que cela crée dans votre corps. Le processus F&M peut vous aider à les transformer. Cette transformation vous accompagne à trouver le sens de tout cela, à trouver ce que cette énergie a touché, le message qu’elle vous a apporté. Ainsi au travers du deuil, l’enfant à naître vous a donné des clés d’accès à vous-même et à votre vivant.

– Respecter votre vulnérabilité. Dès qu’une femme est enceinte, elle s’ouvre dans son corps, dans son cœur; elle a besoin de temps pour se refermer. Elle n’est pas disponible alors pour l’extérieur. L’homme a ouvert son cœur, il a également besoin de prendre soin de lui.

rituel
– Faire un rituel d’adieu à ce petit être lorsque vous vous sentez prête, seule ou avec votre compagnon et même avec les autres enfants (dans ce cas, usez de votre créativité pour les faire participer):

 

  • Nommer ce petit être : il existe une fois qu’il est nommé et peut ainsi occuper sa place
  • Lui écrire ou lui exprimer tout ce que vous avez à lui dire
  • Sentir le lien qui vous relie à lui : c’est où dans votre corps, c’est comme quoi ? Qu’est-ce que cela nourrit ? Réalisez que ce lien n’est pas attaché à la forme : c’est une vibration particulière qui s’exprime entre vos deux énergies (la vôtre et celle du petit être). Cultivez cette vibration, sentez ce qu’elle change en vous dans votre quotidien.
  • Trouvez vos mots, vos gestes, votre lieu pour « laisser s’envoler » cette énergie : vous pouvez l’accompagner de vos mains,  de votre souffle.
  • Symboliser la matière corporelle (à moins que vous ne l’ayez collectée) afin de la remettre à la Terre pour qu’elle se transforme.

Vous saurez que le deuil est fait lorsque cet espace est libre en vous. Il peut y avoir de la tristesse, mais elle ne vous emporte pas et qu’alors vous êtes en paix.  Il n’est jamais trop tard pour faire ce deuil.

 

Pour intégrer cet être à la fratrie

fratrie– Au moment où la fausse-couche ou l’avortement se fait, le plus simple est d’en parler ouvertement avec vos enfants. Quoi que vous fassiez, ils savent que vous êtes enceinte et ils sauront que vous ne l’êtes plus. Ce ne sont pas les faits qui peuvent les bousculer mais la manière dont vous les accueillez. Plus vous mettrez des mots simples sur ce qui se passe, sans chercher à rassurer, ni à justifier, ni à amoindrir votre douleur plus ils pourront prendre ce dont ils ont besoin sans chercher à vous sauver. Les enfants n’ont pas peur de la mort : ils ne comprennent pas ce que vous en faites.

– Lorsque l’événement est passé parfois depuis des années, laissez venir l’occasion d’en parler à vos enfants et reconstituez la fratrie dans sa totalité. Vous pouvez la matérialiser avec des objets (des galets de formes différentes, des pierres précieuses, des plumes…).

– Nommez chaque enfant qui n’a pas vu le jour.

– Intégrez éventuellement un jumeau décédé si vous avez cette notion (échographie précoce, saignements en début de grossesse…)

– Vous pouvez dédié le jour de la fausse-couche ou de l’avortement (à moins que vous ne préfériez celui de la conception) à l’enfant concerné, comme un anniversaire. Il a ainsi son jour dans l’année, comme les autres enfants : chacun a sa date anniversaire.

– Et vous qu’est-ce que cela vous fait de considérer la réalité de cette fratrie ?

A l’adolescence le jeune revit inconsciemment ce qui s’est passé durant sa vie intra-utérine, sa naissance et sa première année de vie. Cela peut être l’occasion de lui en reparler simplement.


Fable du coq et de la poule

Dame Poule regardait éperdue sa couvée

Ces petits au lieu de picorer cherchaient toujours querelle

Chacun bousculant l’autre pour être sous son aile

« Il suffit, cria-t-elle, est-ce trop vous demander

Que de considérer que chacun a sa place

Sans qu’il soit nécessaire que vous passiez le jour

A convoiter ainsi celle qu’occupe un autre ? »

Les poussins levant leurs becs cessèrent un instant

L’obstinant manège de leurs chamaillements.

Le temps se suspendit aux lèvres de l’inspire

Déjà les piaillements reprenaient de plus belle.

Famille-pouleLe coq en bon sauveur, s’approcha de sa Dame

« Et si, tu leur disais qu’un œuf s’est brisé

Et que le premier naît ainsi nous a quitté. »

C’est ce que fit la Dame ; les poussins écoutèrent

Puis ils se regardèrent et, fait extraordinaire,

Chacun très calmement s’en alla picorer.

Le coq s’éloigna, satisfait de lui-même.

 

Moralité

A vouloir préserver en gardant le silence

On sème le désordre dans toute une lignée.

 

 

6 Responses to “Fausse-couche : comment l’aborder?”

  • Bonsoir,
    Merci pour cet article qui m’a profondément touché et qui m’aide à y voir plus clair. Ma grossesse s’est arrêtée à 2 mois environ… je sens bien que l’émotion est encore là même si le corps a bien réagit à cette fin prématurée et à l’intervention médicale qui a suivi. Je me demandais ce que vous appelez « nommer l’enfant » c’est clairement lui donner 1 prénom ? ou cela peut être juste le nommer dans le sens « parler de lui ouvertement » ? Je me demandais aussi s’il est possible d’en parler à mon fils de bientôt 4 ans . Il a clairement senti des choses mais je ne voudrais pas le perturber davantage… Je pense qu’aligner son inconscient avec son conscient, grâce à la vérité pourrait l’aider mais son papa n’est pas d’accord, il le trouve trop jeune. Merci d’avance pour votre réponse,

    • Bonsoir
      Pour le nommer je vous invite à lui donner un prénom. Pour cela, le mieux est de vous mettre en lien avec cette fausse couche et laisser émerger le prénom qui vient.
      Pour votre fils, il n’est pas trop jeune pour lui en parler. En revanche vérifiez si vous êtes prête. Puis vous prendrez un temps avec lui en lui exprimant que c’est important pour vous. Vous lui direz les choses le plus simplement possible du style : « il y a un petit être qui est venu dans mon ventre, mais il est reparti avant qu’on ait pu le voir. J’avais envie qu’il reste, c’est pour cela que je suis triste….Toi tu l’as senti ? Et tu as senti qu’il est parti ? … » Ne cherchez ni à rassurer, ni à vous justifier, faites lui confiance car il a les ressources pour prendre ce dont il a besoin dans ce que vous lui dites. Vous pouvez aussi lui demander si il a envie de lui faire un dessin par exemple, ou s’il a besoin de vous dire quelque chose lui aussi. Si cela vous amène de l’émotion et que vous pleurez, accueillez cela simplement en lui disant que vous êtes triste mais que vous vous en occupez. Les enfants ont besoin que vous reconnaissiez les émotions qui vous traversent, sinon ils se mettent en devoir de vous sauver à cet endroit.
      Plus tard à l’adolescence vous pourrez lui en reparler aussi simplement.
      Voilà, très rapidement.
      Bien à vous
      F&M

  • Bonsoir et merci pour cet article..

    Je suis l’aînée d’une fratrie de deux enfants, Avant ma naissance ma maman a perdu des jumeaux. Cette fausse couche est tabou. Je le sais et c’est un peu près tout. Il y a eu d’autress fausses couches, après certainement, mais peut etre encore même avant moi, mais de celles là on n’en parle encore moins. Je me souviens de la dernière, j’avais 8ans, mon frère 5ans, et nous avons perdu celle ou celui qui devait etre notre petit frère ou notre petite soeur. Je crois que de cette perte là j’ai une toute autre acceptation que de celle des jumeaux… Beaucoup de questions en moi, et beaucoup de choses dans ma vie, dans mon caractère, dans mes choix que j’associe à ces vies avant moi.
    Je pensais que ma propre grossesse allait me permettre d’aborder ce sujet plus facilement avec ma maman, mais absolument pas. De ma fragilité de future maman, j’ai transféré en la mienne cette fragilité également. Peur de l’attrister, de la bousculer, de réveiller des choses dont elle voulait me protéger.
    J’ai bientôt 30ans, j’ai une petite fille d’1an et je suis haptonome . . . rien n’est du au hasard.
    Ce qui est fou c’est qu’il m’a fallu du temps pour comprendre que mon choix professionnel était en autre lié à cet évènement de vie qui n’est pas que mienne.
    J’aimerais aller plus loin, creuser un peu plus fort, mais j’ai peur des émotions et des souvenirs enfouis de ma maman.

    Merci

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